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  Planètes du système solaire, Mercure, Vénus et Mars ne sont pas seulement de lointains corps célestes. Au regard de l’astrologie, elles sont aussi des composantes psychiques en vertu de la correspondance entre le macrocosme et le microcosme. Quelle place tiennent-elles dans la psyché et quel rôle jouent-elles dans l’existence humaine ?

  De multiples récits mythologiques nous les donnent à voir en mettant en scène Mars, le dieu des champs de bataille, Vénus, la déesse de la beauté et de l’amour, Mercure, le génie du commerce. La vie de chaque être humain est aussi le théâtre de ces trois divinités, mais si nous espérons en devenir nous-mêmes les acteurs, il nous revient de questionner les enjeux qu’elles recouvrent et de comprendre leurs mobiles et leurs visées.

   En abordant Vénus, Mercure et Mars sous l’angle de la mythologie et de la psychanalyse, ce livre questionne d’abord l’inscription primordiale de ces trois planètes afin d’éclairer, à partir des racines psychiques, leurs destins dans notre existence. Chemin faisant, certaines significations planétaires essentielles apparaissent. Parmi elles, celle de Mars et de la manière avec laquelle la coupure primordiale s’articule à la perte, la peur et la colère. Celle de Vénus et de ce qui fonde le sentiment de valeur. Celle de Mercure et des conditions d’accès à la relation langagière. 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait du chapitre Mercure-Lune

     Dans l’Hymne à Hermès, nous avons vu le dieu nouveau-né quitter son berceau et s’éloigner de l’antre de Maïa. Hermès ne serait pas le dieu que l’on connaît, s’il était resté dans le giron de sa mère, plutôt que de partir à la découverte du monde. Du point de vue de l’articulation entre la Lune et Mercure, Hermès s’appuie sur un attachement suffisamment sécurisé pour pouvoir s’écarter de sa mère et se mettre à parcourir le monde de sa divine curiosité. Ce faisant, il ne le voit pas à travers les yeux de l’Autre, mais il en fait sa propre expérience. La mère n’est plus là, qui lui dirait ce qu’il peut toucher ou non, ce qu’il peut faire ou ne pas faire. Ainsi, il peut se laisser conduire selon ses propres intérêts et s’orienter selon les opportunités, en un mot, faire ses premières expériences. Ce sont les fondements des processus cognitifs qui se mettent en place et de manière particulièrement favorable, dans la mesure où l’enfant peut se faire, comme il a été dit, sa propre idée sur les choses et sur le monde.

   On comprend les prolongements de cette validation, puisque c’est la confiance dans ses propres capacités mercuriennes qui est mise en jeu, celle de mener des recherches, de trouver une solution à une question ou de comprendre comment les choses fonctionnent. En bref, c’est la capacité de penser par soi-même qui se fonde. Dans la réalité, les choses sont rarement aussi simples, mais prenons garde de ne pas rattacher directement aux aspects Lune-Mercure les difficultés éventuelles rencontrées à ce stade. Tout ce qui affecte la Lune est dommageable à l’attachement primaire et défavorable, par conséquent, à une exploration sereine du monde, au sens Mercure. Cela signifie, vous l’entendez bien, que l’on peut rencontrer de sérieuses difficultés dans l’articulation entre la Lune et Mercure, alors même qu’ils sont reliés l’un l’autre par un trigone.

     Si nous éprouvons un certain degré d’anxiété, dans un environnement que nous ne connaissons pas ou, plus radicalement, si nous évitons autant que possible d’être confronté à cet inconnu, cela dit quelque chose de Lune-Mercure. De même, si nous étions mal à l’aise, quand il s’agissait de nous exprimer en classe ou de prendre la parole dans le cadre d’un groupe. Bien sûr, le stress peut venir d’ailleurs, mais quelque chose se joue cependant dans l’articulation entre la Lune et Mercure, notre manière de concevoir l’Autre comme favorable ou défavorable influant directement sur notre capacité d’adaptation à un nouvel environnement.

    Rappelez-vous ce deuxième motif de L’Hymne à Hermès, où l’on voit l’enfant s’accompagner de sa lyre fraichement confectionnée pour chanter les amours de son père et de sa mère. Comment ce mythologème s’articule-t-il au premier ? Nous l’avons déjà évoqué : le monde au-delà de l’antre de Maïa, c’est le monde du Père vers lequel Hermès peut se tourner. À travers Mercure, le nouveau-né est naturellement disposé aux échanges avec l’environnement. Dans l’articulation la plus heureuse entre Mercure et la Lune, l’enfant peut s’appuyer sur un premier attachement suffisamment sain pour pouvoir constituer des liens en dehors de la mère, à commencer, bien entendu, par le père et les liens d’attachement sécurisés qui peuvent se tisser avec lui.

   Au cœur de la relation entre la Lune et Mercure, la question de l’attachement s’articule à celle de la relation langagière. Cette articulation renvoie à des enjeux archaïques qui portent, comme nous l’avons souligné, sur le don de parole de l’environnement, comme condition d’accès au statut d’être parlant. Ici, la qualité de l’environnement familial ne tient pas tant au fait de parler à l’enfant, mais essentiellement à celui de le parler. Est-ce qu’il a été suffisamment nourri sur ce plan ? L’aspect attentif et protecteur des parents s’est-il prolongé dans une parole assez soutenue et consistante ? Est-ce que l’échange était possible avec l’un des parents, tandis que la relation langagière était difficile, voire impossible avec l’autre ? Je pose cette dernière question, parce que cela fait partie de la mythologie d’Hermès d’honorer son père et sa mère, ce qui signifie forcément d’avoir des échanges langagiers avec l’un et l’autre. Comment l’enfant pourrait-il reconnaître comme intime, un parent qui ne le parle pas, au sens que nous avons donné, à la suite de Alain Manier, à cette expression ? Comment pourrait-il voir en lui un soutien, un recours, une référence ? Comme pourrait-il s’adresser à lui, quand la relation langagière ne s’est pas établie ou que le mutisme a érigé un mur d’isolation entre lui et le parent ? Étant entendu qu’une personne mutique est toujours inaccessible, le mutisme étant justement le symptôme d’un repli sur soi et d’une absence aux autres.

   Pour prolonger ces questions, considérons le thème d’un homme qui présente une opposition entre Mercure rétrograde en Vierge et la conjonction entre la Lune et la Lune Noire en Poissons. Dans son enfance, la mère est investie dans la relation langagière, tandis que le père s’illustre par son mutisme. À partir de là, comment le fils pourrait-il reprendre à son compte le chant d’Hermès qui célèbre les amours de Zeus et de Maïa ? À ses yeux, les parents ne peuvent pas être honorés pour leur égale dignité : la mère est vue comme l’unique recours, quand le père ne peut pas en tenir lieu et être investi comme tel.

   À partir de l’adolescence, l’anxiété de type Lune-Mercure devient de plus en plus manifeste. Elle survient, quand le sujet doit s’intégrer dans de nouveaux milieux scolaires et elle fait effraction, en particulier, quand il est mis à l’épreuve de la parole et de la relation langagière. Dans le prolongement de ses propres expériences, la femme a été investie en partie comme un secours, parce qu’elle se trouve adoubée de la capacité de relation langagière, étrangère, selon sa représentation, au monde des hommes. Elle tend ainsi à être investie d’un rôle vital, puisque c’est précisément par l’échange langagier qu’on se libère de l’angoisse de l’isolement.

    Cet homme a eu la chance d’avoir une mère qui écoutait et qui parlait avec une présence soutenue. Du côté du père, il y a un déficit langagier dont les effets sont forcément plus néfastes pour un garçon, parce qu’ils pèsent également sur les processus d’identification. Il est probable que cette faille mercurienne a été compensée dans un énorme investissement de la parole et du processus de la pensée, avec tout ce que cela a pu apporter au sujet en termes de réalisation. Il n’en demeure pas moins que parler, c’est tout autre chose que se parler ou que parler soi-même. Penser, c’est tout autre chose que se penser. Je ne dirais pas que cet homme a souffert d’une identification au mutisme du père, mais qu’il a dû apprendre quelque chose d’essentiel à l’opposition entre Mercure rétrograde et la conjonction de la Lune à Lune Noire, à savoir que la communication et l’échange verbal marquent la frontière entre relation et isolement, entre la présence de l’Autre du langage et l’angoisse générée par son absence.

    Dans un tel cas, le fils ne peut pas réécrire son passé en faisant parler le père ; l’enjeu est de répondre à son mutisme, par la parole, et à son isolement, par la socialisation et la relation. Quant à la capacité langagière donnée par la mère et projetée sur les femmes, elle doit être progressivement intégrée. Le secours langagier dont la femme a été investi est voué à s’incarner dans le sujet parlant lui-même. L’enjeu est d’autant plus aigu que Mercure est rétrograde dans le signe de la Vierge et qu’il est placé sur l’axe de la Lune Noire.

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