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Le processus astrologique de la mutation

à la lumière des contes de fées 

   

    Il y a deux auteurs qui m’ont inspiré, au départ, ce rapprochement entre les symboles astrologiques et les contes de fées : il s’agit d’une psychologue, Marie-Louise Von Franz, analyste jungienne bien connue, et d’un astrologue, Luc Bigé.

   Dans son séminaire sur le «Mythe du Héros», Luc Bigé fait observer que les contes de fées les plus élaborés ont une structure équivalente à celle du Zodiaque et que l'on peut parfois reconnaître, étape après étape, chacun des douze signes.

    Dans la riche bibliographie de Marie-Louise Von Franz, il y a une dizaine de livres qui traitent des contes de fées, interprétés du point de vue de la psychologie jungienne. À la lecture de ces ouvrages, j’ai vu combien il pouvait être inspirant de considérer le voyage du Zodiaque, ou le voyage planétaire, en le mettant en regard des contes de fées. D’une certaine manière, les mythes, les contes et le Zodiaque ont en effet ceci en commun qu’ils donnent à voir le chemin que suit l’homme à la recherche de lui-même.

 

 

ÉTAPE SATURNE-CAPRICORNE : Saturne et le vieux roi

   Pour illustrer le processus astrologique de la mutation, je ne vais pas suivre le fil d’un conte particulier, mais je vais recourir à une structure classique des contes et considérer les quatre premières étapes, celles qui vont du Capricorne au Bélier.

   Pourquoi débuter par le Capricorne, plutôt que par le Bélier ? Parce que les contes de fées ne commencent pas par une naissance, par une émergence, mais par quelque chose qui est de l’ordre d’un monde qui est déjà construit et qui s’est établi.

   De nombreux récits commencent par poser un décor typique et qui se rattache au signe du Capricorne. Ils évoquent un royaume qui est parvenu au faîte de son organisation et de sa prospérité, un royaume où tout fonctionne en conformité avec les lois et les principes qui ont fait sa gloire et qui ont assuré sa pérennité. Le roi, toutefois, est vieux. Parfois, il est malade et c’est alors l’avenir même du royaume qui est menacé.

   En termes psychologiques, le vieux roi représente ce qui a régi notre vie et qui a fait ses preuves, peut-être, mais aussi ce qui a fait son temps et qui doit être remplacé. Le roi vieillissant, qui doit être remplacé par le nouveau roi, exprime cette loi psychique universelle qui veut que toute chose qui a obtenu la reconnaissance générale s’en trouve, d’une certaine façon, déjà remise en cause et prépare un revirement. [1]
   Le vieux roi malade est un principe qui ressortit à l’ombre de Saturne. Il correspond à une tendance à la répétition, à la cristallisation. Il évoque le fait que nous tendons à nous identifier à des comportements, à des valeurs, à des principes, à des idéaux et, partant, que nous tendons à «répéter du même» et à suivre, autrement dit, une voie foncièrement unilatérale.

   La royauté doit être renouvelée, nous disent les contes de fées : le principe qui domine la conscience doit renoncer à sa position d’hégémonie, pour que d’autres dimensions de la psyché puissent être reconnues et pour que le processus de réalisation de soi puisse se poursuivre.

  À quoi correspond cette figure du vieux roi, dans un contexte thématique spécifique ? Prenons l’exemple du natif chez qui domine l’élément Air, ou bien la planète Mercure, et chez qui les valeurs de l’esprit, celles de l’intelligence, de la raison et de l’objectivité sont hautement développées. S’il est non seulement compréhensible, mais aussi souhaitable, que le natif marqué par l’élément Air puisse s’identifier aux valeurs de l’esprit, le risque est grand, pour lui, de privilégier le monde de la pensée au détriment d’autres dimensions de la psyché. Je pense en particulier au monde lunaire du ressenti, de l’émotion, de l’imaginaire et, bien entendu, au monde vénusien du sentiment, de l’Éros.

   La maladie du roi tiendrait ici au fait qu’il s’est installé dans une position intellectuelle et qu’il limite sa vie, pourrions-nous dire, à la sphère de Mercure. Dans un tel cas, les contes de fées nous enseignent qu’il faut chercher l’origine du mal du côté de la Lune et de Vénus qui ont été bannies du royaume. Ainsi, on ne sera pas étonné si la médecine à administrer relève de la poésie, de la fantaisie, du sentiment. Il s’agira, par exemple, de trouver une fleur très rare qu’on déposera sur le coeur du souverain. C’est à cette condition, seulement, que la santé sera retrouvée.

   Pour des raisons liées à l’époque et à la socio-culture où ils ont vu le jour, il n’y a pas de contes de fées qui relatent le motif de la vieille reine malade. Dans la perspective astrologique, et psychologique, qui est la nôtre aujourd’hui, le vieux roi peut évidemment être la vieille reine. C’est le cas, pour prendre un exemple qui est à l’opposé du précédent, quand une femme s’identifie au monde de la Lune et de Vénus et qu’elle ne peut pas honorer d’autres dimensions d’elle-même, à commencer, bien entendu, par le Soleil qui lui rappelle qu’elle a une existence propre et qu’elle a pour vocation de se réaliser en tant qu’elle-même.

   Pour résumer la perspective que j’adopte ici, disons que le roi des contes de fées se constelle autour de certains facteurs dominants de notre thème de naissance. De ce point de vue, il est tout à fait sain et il est même la condition sine qua non de la consolidation du Moi. Il vieillit, il devient malade et il met en péril notre équilibre psychique, dans la mesure où il règne de manière tyrannique sur notre vie et où il nous interdit, en conséquence, l’accès à d’autres facteurs de notre thème. Le fait de négliger, ou de refouler, certains éléments de notre thème semble s’opposer directement à une tendance fondamentale de la psyché : celle qui la pousse à réaliser l’ensemble de ses virtualités et que Jung a dénommée individuation.

  Quand on considère la mythologie, on se rend compte que les dieux ont au moins un dénominateur commun : ils désirent être honorés. C’est comme si un culte leur était dû et que le fait de les négliger était une attitude destructrice en elle-même. Les mythes regorgent d’épisodes où l’on assiste finalement à la vengeance de la divinité qui n’a pas été honorée.

 

   Dire qu’un dieu, ou une déesse, se trouve oublié signifie qu’un comportement psychologique naturel est négligé ou refoulé. Dans la psyché, les organes délaissés se comportent de la même façon que dans le corps. Nos organes physiques réclament une certaine dose d’attention et nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer avec partialité leurs besoins. Si nous délaissons certains centres vitaux, ils provoquent la maladie du système tout entier. [2]

 

   Parmi les natifs chez qui l'Ascendant est en Cancer, il y en a qui se rendent compte, tout particulièrement en ce moment, avec le transit de Saturne, que celui-ci n’a pas été honoré à sa juste valeur. Il y a des femmes, en particulier, qui voient à quel point elles sont liées à leur entourage et qui voient combien elles peinent à se libérer d’un certain attachement émotionnel. Leur orientation est lunaire et les Anciens diraient que leur expérience est humide. En ce moment, Saturne les invite à un voyage dans les régions froides et sèches qu’il affectionne. Le problème, chez elles, c’est que la Lune a l’habitude de régner et qu’elle ne voit pas forcément d’un bon œil la perspective de partager son pouvoir avec Saturne.

 

 

ÉTAPE URANUS-VERSEAU

  Dire que quelqu’un se met à voir les principes qui tendent à régir sa vie, qu’il commence à prendre conscience de ce qui l’enferme, c’est aussi dire qu’il pénètre dans la sphère d’Uranus. L’entrée dans la sphère d’Uranus constitue souvent la deuxième étape des contes de fées. Après que le décor du royaume a été posé, le récit évoque volontiers le motif uranien de la libération, à travers la transgression, d’abord, du système  mis en place par le vieux roi.

   Dans le conte «Jean-de-Fer», des frères Grimm, le jeune prince désobéit à ses parents, et particulièrement à la Lune-Mère, en délivrant l’homme sauvage qu’on avait enfermé dans une cage en fer. Si les frères Grimm avaient été astrologues, ils auraient peut être appelé l’homme sauvage «Jean-de-Mars», plutôt que «Jean-de-Fer». À la lecture du conte, on ne tarde pas à se rendre compte que l’homme sauvage recèle un certain nombre de qualités de la planète Mars, le dieu que les souverains n’ont pas honoré, le dieu qu’ils ont enfermé, en l’occurrence. On se trouve dans la situation caractéristique où un principe vivant, un comportement psychologique naturel, est emprisonné, parce qu’il est incompatible avec les valeurs défendues par la conscience. Mars est ici condamné à mener une vie obscure. En termes jungiens, disons qu’il est resté une figure de l’ombre : il est perçu sous les traits archaïques d’une force dangereuse et brutale.

   Élément remarquable, et qui apparaît souvent à cette étape du récit, le prince ouvre la cage un jour où ses parents sont absents. On peut certainement comprendre par là qu’il se libère des valeurs régnantes et qu’il est prêt à faire un pas en direction de ce Mars qui avait été banni du royaume. En commençant à apprivoiser cette figure de l’ombre, il fait un pas décisif sur le chemin de son «entièreté», sur le chemin de son individuation.

   Dans certains contes de fées, l’enfermement  saturnien se présente à travers le motif de la Tour interdite. Le jeune prince peut aller et venir à sa guise dans tout le palais, il peut visiter toutes les pièces, mais il lui est formellement défendu de pénétrer dans une certaine tour. Comme tout symbole, celui de la tour est polymorphe. Ce que je voudrais mettre en relief ici, c’est qu’elle est un espace ouvert sur le ciel, qu’elle est une colonne qui permet la circulation entre la terre et le ciel, le domaine d’Ouranos.                        

  Dans le mythe olympien de la création, on sait qu’Ouranos est le dieu créateur qui génère tous les possibles. En pénétrant dans la tour interdite, le prince quitte le royaume saturnien dans lequel il était confiné et il pénètre dans la sphère d’Uranus. Il commence à voir par-delà les limites et les conditionnements qui se substituent à sa véritable nature. Il a la vision d’une autre vocation, d’une autre destinée, que celle d’être l’héritier du trône et que de régner à son tour comme son père l’avait fait.

   Au motif de la transgression, s’associe un autre motif typiquement uranien : celui du bannissement, celui du rejet social. Dès qu’on découvre que le prince est entré dans la tour interdite, celui-ci est exclu du royaume. Celui qui était destiné au trône se trouve sans héritage, sans légitimité, et il doit partir, couvert de l’opprobre général, de surcroît. Jung fait observer que le motif du rejet social fait partie de l’archétype du héros. Tout se passe comme si l’inconscient arrangeait un échec complet, aux yeux du monde, pour celui qu’il appelle à un autre type de réalisation, à un autre type d’accomplissement que celui qui est consacré par l’environnement familial et par la socio-culture.

   Le natif marqué par le signe du Verseau, ou par Uranus, est tout particulièrement concerné par ce motif de l’échec social, qu’on peut traduire par échec sur le plan socioculturel, pour accéder à une réussite sur le plan individuel. On le verra volontiers rompre avec une situation qui lui conférait une reconnaissance et une légitimité sociales, avec la sécurité qui en découle, et faire un choix qui va dans le sens des exigences de son individuation, aussi inconfortable que cela puisse être.

   Le prince s’était vu à travers le regard de ses parents, il se découvre maintenant un autre visage. Ce visage a beaucoup à voir avec la figure du Mat, dans le Tarot de Marseille. S’il a des allures mercuriennes, le Mat est un personnage typiquement uranien, en ce sens qu’il marche hors les murs de la cité et qu’il est considéré comme un fou, par ceux qui vivent dans la cité, par ceux qui vivent, autrement dit, sous la férule du vieux roi. Le Mat est cette figure mystérieuse du jeu des échecs. Il fait échec au roi. Il marque l’échec du vieux roi.

  Uranus est en quelque sorte la première phase du processus de transformation, celle qui amènera la guérison ou le remplacement du vieux roi, celle qui aboutira au renouvellement de la royauté. Uranus est l’étape de la prise de conscience, du déconditionnement, de la désidentification. Par l’intermédiaire d’Uranus, le mental mercurien accède au statut de l’observateur silencieux qui peut voir le personnage que nous avons édifié. En termes spirituels, on peut parler d’un processus d’Éveil, en ce sens que nous nous désidentifions peu à peu du personnage et que nous commençons à nous découvrir en tant que la Conscience qui voit.

 

 

ÉTAPE NEPTUNE-POISSONS

   Après qu’il a été chassé du palais, le  prince traverse une période de doute et de confusion que le récit peut évoquer à travers une errance en des contrées inconnues. Il a quitté celui qu’il était au royaume de son père, mais celui qu’il est appelé à devenir est encore en gestation.

   L’étape neptunienne des contes est assimilable à certaines expériences Maison XII, quand un monde se défait, en nous et autour de nous. Avec Neptune, un processus qui est de l’ordre de la dissolution a lieu en souterrain et l’image de la pierre qui est érodée lentement par l’eau est une métaphore saisissante de son action. Dans un tel moment de l’existence, on a l’impression d’être dans «l’entre-deux-mondes» ou bien de se trouver dans un état de gestation.

   À cela peut s’ajouter un sentiment d’inconfort, voire de peur, surtout quand la sécurité tient au fait de garder les pieds sur la terre ferme et de conduire sa vie selon des paramètres rationnels. On sent obscurément que quelque chose d’autre va naître de cette période d’incertitude, mais on ne voit pas encore sous quelle forme la vie nouvelle cherche à se manifester. À l’opposé de ce qu’on a peut-être toujours cru, c’est désormais le doute, voire la confusion, qui est un guide et la désorientation qui est une boussole. La sagesse orientale nous dit que la confusion n’est pas encore la clarté, mais qu’elle est la fin de l’illusion, à propos de ce qu’on prétendait savoir. Elle ajoute que la confusion n’est pas encore la vérité sur soi, mais qu’elle est la fin du mensonge, par rapport à ce qu’on imaginait être soi-même.

   Alors que le prince vivait dans le monde prévisible auquel sa naissance le destinait, il se tient maintenant face à l’horizon le plus flou. Une vie qui était toute tracée n’est plus que mirage sur le sable. Ce qui paraissait ordonné se désorganise, ce qui semblait bien établi n’est plus qu’abîme de doute. Au fond, le prince ne sait plus qui il est. À vrai dire, il se rend compte qu’il n’a jamais rien su de lui, hors le fait qu’il était le fils héritier et hors l’idée qu’il régnerait un jour à la place de son père.

   Tandis que notre culture tend à exalter la personnalité sûre d’elle-même et qui sait «ce qu’elle se veut», les contes de fées nous montrent un héros qui doute et qui erre. Ils nous parlent d’une étape obligée sur le chemin, d’une période où ce que l’on est et ce que l’on est censé faire est loin d’aller de soi. Alors que nous jugeons une telle expérience hautement indésirable, les contes nous disent qu’elle est nécessaire à notre renaissance et je me rappelle ici cette réflexion de Jung quand il écrit que toute renaissance doit passer par le trouble pour s’élever à la clarté. [3] Le passage par le trouble est caractéristique de Neptune et on reconnaît là sa manière de travailler aux métamorphoses de l’âme.

   Dans la mythologie celtique, le vieux roi est noyé dans un bain d’hydromel. En termes astrologiques, cela peut se traduire par le fait que tout ce qui s’est cristallisé, avec le concours de Saturne, est dissout dans le bain de Neptune et qu’une nouvelle vie pourra émerger, à son heure. 

   Quand je reçois une personne chez qui Saturne transite la Maison XII, il m’arrive de lui raconter cet épisode où le prince est en gestation d’un autre lui-même. Une des forces des mythes, des légendes, des contes, c’est d’inscrire l’expérience que nous vivons, avec tout ce qu’elle a de singulier, dans le cadre beaucoup plus large d’une aventure vécue par tous les êtres humains, de lui donner du sens dans l’aventure de la conscience humaine et de nous libérer, en même temps, d’un certain sentiment d’isolement.

   Avec le transit de Saturne en XII, c’est un moment privilégié pour ressentir ce qui nous attache encore au vieux roi qui a fait son temps et pour laisser ces attaches se dissoudre dans le bain de Neptune. Une des fonctions du dieu des mers et des océans, c’est de dissoudre les frontières de Saturne, dans ce qu’elles ont de rigide s’entend, et, partant, de déstabiliser le Moi identifié aux limites de l’île sur laquelle il a pris pied. Par l’intermédiaire de Neptune, nous ressentons combien notre île est petite, face à l’immensité des océans, et nous aspirons au bain cosmique, au baptême qui nous donne une nouvelle vie.

  À l’étape Uranus, c’est la capacité de «Voir» qui est la médecine dont le vieux roi a besoin. Chez Krishnamurti, par exemple - Lune Noire à l’Ascendant Verseau et Soleil opposé Uranus - l’essentiel de l’enseignement s’articule autour de la faculté qu’a la conscience d’éclairer tout le système du Moi, au sens du personnage auquel nous sommes identifiés. Le titre d’un de ses ouvrages, Se libérer du connu, est à cet égard emblématique d’une démarche de type uranien.

   À l’étape Neptune, on a affaire au principe guérisseur complémentaire d’Uranus. Avec Neptune, c’est le plan émotionnel qui est touché et c’est l’Amour, désormais, qui peut guérir le vieux roi. Le problème, lorsqu’Uranus opère sans le concours de Neptune, c’est qu’il nous inscrit dans une logique de rupture, de révolte, de colère, à l’égard du monde extérieur, aussi bien qu’à l’égard des figures intérieures dont nous cherchons à nous affranchir. Si cette attitude recèle quelque chose de profondément salutaire, à un moment donné, elle n’en constitue pas moins une nouvelle impasse, parce qu’elle génère de nouveaux noeuds émotionnels, sans parler de ce qui peut se passer sur le plan physique.

   Quand nous reconnaissons certains mécanismes qui nous enferment, nous aimerions bien en finir avec eux, nous aimerions bien les briser une fois pour toutes. Nous voudrions, autrement dit, renaître sur le plan de Pluton, en faisant l'impasse sur Neptune, celle où l’acceptation dissout l’attachement émotionnel aux  vieilles formes de vie. L’ordonnance des planètes dans le ciel semble nous rappeler que le voyage planétaire s’accomplit, étape par étape, et que le processus de transformation est compromis, en profondeur, si l'on néglige une des étapes.

   Ces derniers mois, j’ai reçu plusieurs personnes qui sont Ascendant Cancer et chez qui Saturne transite la Maison XII. Elles sont à cette étape où le vieux roi est noyé, mais, de manière plus spécifique, le processus qui est en cours a beaucoup à voir avec le fait de se libérer, au plan émotionnel, de certains modes relationnels qui ont fait leur temps. Certaines d’entre elles se sont séparées, d’un mari ou d’une compagne, et elles sont, pourrions-nous dire, dans un processus de deuil. Dans leur cas, cela se comprend en partie par le fait que Saturne est le Maître du Descendant Capricorne et qu’il est donc partie prenante du rapport à l’Autre, en général, et de la relation de couple, en particulier.

   D’une certaine manière, on peut dire que, dans leur cas, le vieux roi qui est en train de se dissoudre dans le bain de la XII, c’est le représentant de certains modes relationnels aujourd’hui dépassés et de certaines formes associatives qui n’ont plus lieu d’être. Ici, la libération semble advenir, dans la mesure où l’on accepte, peu à peu, tout ce qui a été et qui n’est plus.

   Revenant aux contes de fées, on peut dire qu’à l’étape Neptune-Poissons le jeune prince se guérit de tout ce qui a constitué son passé, qu’il se guérit de ses parents, en lui, de la terre et de la mémoire de ses ancêtres, en lui. Par l’Amour de Neptune, au sens de l’acceptation inconditionnelle, il se rend libre de l’attachement émotionnel à son passé, qu’il s’agisse de regret, de remords, de nostalgie affective ou de ressentiment entretenu.

   En même temps, Neptune le met dans un état d’ouverture, de disponibilité, de réceptivité, qui le prépare à une nouvelle mise au monde de lui-même, qui le prépare à révéler un autre visage, à l’étape Bélier qui s’annonce désormais pour lui.

   Pour résumer les étapes Uranus et Neptune de la transformation, on pourrait encore dire, qu’on ne peut pas se transformer à dessein, mais qu’on peut restaurer un aspect d’attention, Uranus, et d’amour, Neptune, où l’on ne fait plus obstruction à la Vie et où l’on est transformé par la force de vie qui peut à nouveau s’écouler.

 

 

ÉTAPE PLUTON-BÉLIER

   À l’étape Bélier, on est au carré croissant du Capricorne et le récit prend un tournant décisif, un tournant caractéristique de cette phase. Ce qui était en gestation, aux temps des Poissons, émerge concrètement, au printemps du Bélier. Parce qu’il a eu l’audace, la folie uranienne, de désobéir à la pression extérieure, le prince peut obéir, désormais, à la poussée qui vient de l’intérieur et il s’engage sur son propre chemin.

   Dans le conte «Jean-de-Fer», c’est le moment où il prend le chemin de l’Homme sauvage et où il va intégrer, une à une, toutes les valeurs que celui-ci représente.

- À l’étape Saturne-Capricorne, il vivait dans l’identification au royaume parental.

- À l’étape Uranus-Verseau, il a vu la figure d’ombre diabolisée par la norme collective et,

en la reconnaissant, il a ouvert la cage dans laquelle on l’avait enfermée.

- À l’étape Neptune-Poissons, il a embrassé le personnage d’ombre, en lui, comme dans le conte «La Belle et la Bête» où c’est le baiser, autrement dit, l’amour de la Belle qui délivre le prince du sort qui pesait sur lui.

- À l’étape Bélier, il a accès à une nouvelle vie et, en l’occurrence, à tout le potentiel de vie que représente «Jean-de-Fer».

   Dans les contes, l’étape Bélier correspond souvent au moment où une nouvelle orientation est prise, parce que l'on se met à honorer une divinité à laquelle on n’avait pas accordé l’attention et l’amour qu’elle méritait. L’étape Bélier peut évidemment être entendue sur de multiples plans, mais elle recèle toujours l’idée de naissance, d’émergence, de renouveau. De façon générale, il peut d’ailleurs être intéressant d’envisager la Maison du Bélier dans notre thème - ou la Maison de Mars - comme le champ d’expériences où l’on est mis au défi d’agir dans le sens de la nouvelle orientation.

    Le tournant qui est symbolisé par le Bélier mérite d’être considéré dans le sens plus radical de la mutation et je le rattacherai alors à Pluton, plutôt qu’à la planète Mars. J’ouvre ici une petite parenthèse à propos des maîtrises, pour rappeler que l’ordre des domiciles dans le Zodiaque est établi en fonction de la place qu’occupent les planètes dans le système solaire. Quand on suit l'ordre des planètes et qu'on les fait se succéder selon le sens rétrograde dans le Zodiaque, l’on aboutit à Pluton du Scorpion ; avec l’échelonnement dans le sens direct, l’on aboutit à Pluton du Bélier, qui fait suite à Uranus-Verseau et Neptune-Poissons.

   Avec Pluton-Scorpion et Pluton-Bélier, on se trouve dans une polarité mort/renaissance. Du point de vue de Scorpion, Pluton est mise au tombeau, descente aux enfers. Du point de vue du Bélier, il est résurrection, matin de Pâques.

  Le Bélier est le signe de la chute de Saturne et de l’exaltation du Soleil. Ce contexte astrologique est particulièrement inspirant quand on l’associe aux contes de fées. A  l’étape Bélier, on est au carré croissant du Saturne-Capricorne : la chute de Saturne symboliserait la mort du vieux roi et l’exaltation du Soleil évoquerait l’émergence d’un autre type de royauté. On pourrait aussi dire que le prince se réfère désormais à un autre père et qu’il a un autre «re-père». Il passe de Saturne, au sens destructeur de Cronos qui dévore ses enfants, le père qui exige d’être obéi, au Soleil, le Père qui désire que son fils, ou que sa fille, se lève en tant que lui-même, en tant qu’elle-même.

   À l’étape Bélier, le prince accède à sa propre vie, à sa propre liberté d’être et d’agir en tant que lui-même. Maintenant, le mot prince prend tout son sens. Selon la racine latine, le prince est assimilable au principe : ce qui est premier, ce qui guide, ce qui oriente – le Soleil exalté en Bélier, en termes astrologiques. Saturne reconnaît désormais une autorité qui dépasse la sienne et il met sa vocation de constructeur, de réalisateur au service du Soleil.

  Plus tard, beaucoup plus tard, Saturne instaurera un nouveau règne, dans le signe d’un «nouveau Capricorne». D’ici là, le prince va devoir traverser toutes les épreuves restantes du Zodiaque. En particulier, il y aura le tournant du Cancer, où il découvrira le trésor – la perle enfouie au cœur de la coquille cancérienne – et le tournant de la Balance, où il épousera la princesse.

 

( Conférence donnée dans le cadre du Congrès Sep Hermès, Paris, mars 2004 ) 

 

 


 

[1] Marie-Louise VON FRANZ, L’ombre et le mal dans les contes de fées, La Fontaine de Pierre.

[2] Marie-Louise VON FRANZ, La femme dans les contes de fées, La Fontaine de Pierre.

[3] Carl Gustav JUNG, Les Types Psychologiques, Éditions Georg.