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  À lire un grand nombre de récits de la mythologie, on se rend compte que ceux-ci présentent une constante : les divinités attendent d’êtres honorées et elles finissent tôt ou tard par se venger, lorsqu’elles font l’objet de négligence, de rejet ou de mépris. Dire qu’une divinité n’est pas honorée, c’est dire qu’une composante naturelle de la psyché est négligée ou refoulée. C’est dire aussi que toute une dimension de notre existence ne reçoit pas l’attention qu’elle mériterait. L’idée de faire honneur à chacune des divinités se révèle tout particulièrement fructueuse, quand on l’applique à l’astropsychologie, et c’est dans l’esprit d’un processus d’intégration que les divinités planétaires sont abordées dans ce livre : prendre le chemin de les honorer, les unes et les autres, ce serait prendre le chemin de notre entièreté, au sens jungien de l’individuation.

   

 

 

 

 

 

 

 

4ème de couverture

Extrait

Soleil-Saturne

 

   Le Soleil et Saturne sont les extrêmes du Septenaire planétaire et tout semble les opposer, a priori. Qu’y a-t-il de commun entre l’éclat lumineux de l’or et l’apparence terne du plomb ? Entre cette chaleur qui rayonne et ce froid qui concentre ? Quelle parenté peut-il bien y avoir entre ce Soleil qui donne sa lumière sans compter et ce Saturne qui semble être toute réserve, toute économie, toute restriction même ? En forçant un peu l’antagonisme, on est très vite amené à penser que tout les éloigne et que tout les sépare. Comment ne pas verser dans ce sentiment, quand on vit dans l’espace-temps de Saturne, marqué par le vieillissement et par la mort, et que notre nature immortelle, symbolisée par le Soleil, n’apparaît plus que comme une vague aspiration pour échapper aux aléas de la condition humaine ?

   Maître du Capricorne, la Terre cardinale, Saturne nous inscrit dans les limites de la réalité et il arrive que sa nature de plomb nous insupporte, quand tout devient plus lourd et que tout se montre sous un jour plus sombre. En tant que principe de réalité, Saturne œuvre au cœur de notre situation concrète, au cœur des circonstances de notre existence, telles qu’elles se présentent, et non pas telles que nous les souhaiterions.

   Opposé à la Lune du Cancer, Saturne est sans complaisance. Pour lui, les choses sont ce qu’elles sont et elles ne donnent pas lieu à des états d’âme. Il nous met face aux événements, tels qu’ils adviennent, et c’est pour cette raison que je le rattache volontiers à la prison dans laquelle nous nous trouvons. Nous verrons plus loin que cette prison est un lieu de grâce et que Jung la considère, dans un certain sens, comme un symbole du Soi. Par prison saturnienne, il faut entendre la situation concrète dans laquelle nous nous trouvons, avec tout ce qu’elle peut comporter de contraignant et de frustrant à certains moments, avec tout ce qu’elle peut receler d’éprouvant à certaines heures de notre existence.

  À moins de garder une vision monolithique de l’astrologie, et de la vie, nous savons bien qu’une planète est vécue avec autant de nuances qu’il y a d’êtres humains et nous voyons bien que nous la découvrons, nous-mêmes, sous d’autres facettes, au fur et à mesure que nous avançons dans l’existence. La divinité planétaire, avec le mythe qui s’y rapporte, est commune à toute l’humanité mais, tout en conservant sa nature propre, elle se manifeste à travers des visages multiples selon les individus qui l’incarnent. En tant qu’individus, nous résonnons de manière personnelle au mythe, nous l’envisageons selon notre propre équation et nous en faisons une expérience unique.

   Il y a pourtant une tendance collective dans la manière d’aborder un mythe. Cette tendance est propre à une époque, à une culture, et nous y souscrivons nous-mêmes, dans la mesure de notre différenciation. Ainsi, il existe toute une littérature astrologique qui a réduit Saturne à la figure maléfique de celui qui engendre l’épreuve et qui amène avec elle son lot de souffrances. Le regard porté sur Saturne est bien plus nuancé aujourd’hui, mais il reste souvent teinté d’un jugement négatif. Nous entendons, par exemple, qu’il faudrait le dépasser afin de vivre, avec Uranus, Neptune et Pluton, sur un plan transpersonnel. Je crains qu’il s’agisse là d’une manœuvre, vouée à l’échec d’ailleurs, pour que nous nous dérobions à la «porte étroite» que garde Saturne.

   La façon avec laquelle nous considérons Saturne nous en apprend beaucoup plus sur nous-mêmes que sur lui. En particulier, elle me paraît montrer comment nous appréhendons le monde des circonstances dans lequel nous vivons. Quand nous voulons dépasser Saturne, il se pourrait que ce soit la Vie elle-même que nous défions. C’est comme si nous nous adressions à elle en lui disant: “Tu te trompes. Je ne devrais pas vivre cela. Je ne devrais pas me trouver dans cette situation-là et être confronté à telle difficulté ou à telle épreuve.”

  Au chapitre Soleil-Lune, nous avons déjà dit que nous ne pouvions pas faire l’expérience solaire de la Présence, à moins que d’être là où nous sommes, dans notre maison lunaire. Les choses se présentent de manière analogue dans la relation Soleil-Saturne.

  Quand on considère la géométrie du Septenaire céleste, on se rend compte que le Soleil, la Lune et Saturne occupent une place remarquable. Pour ma part, je les réunis souvent en disant qu’ils évoquent, et qu’ils résument, tous trois une dimension de «ce qui est».

   «Ce qui est», sur le plan intérieur, au niveau de la sensation physique et de la résonance émotionnelle, se rattache à la Lune. Celle-ci renvoie à notre expérience personnelle, intime, et Luc Bigé la relie d’ailleurs à notre «Prénom».

   «Ce qui est», sur le plan extérieur, au niveau des circonstances qui adviennent dans la forme inscrite dans l’espace et dans le temps, renvoie à Saturne. Celui-ci représente la réalité des faits. Il constitue la situation à laquelle nous devons faire face dans le monde objectif. Luc Bigé l’associe à notre «Nom».

  «Ce qui est», au cœur de toutes choses, et qui sous-tend tout ce qui advient dans la forme, je le traduis par le Soleil. Il est notre identité véritable et je le désigne volontiers comme le «Sans-Nom».

   En même temps que les conditions dans lesquelles nous nous trouvons, Saturne évoque l’attitude qui nous permet de les affronter, car le dieu qui pose la question est aussi celui qui détient la réponse. Adopter la position de Saturne n’est pourtant pas une mince affaire, car nous faisons preuve de sélectivité dans notre manière d’aborder les événements. Selon la résonance intérieure, la Lune, nous accueillons certaines situations les bras ouverts, tandis que nous les fermons à d’autres, en les jugeant indésirables, voire inacceptables. Quand nous accusons les conditions de notre vie, nous nous trompons de cible. Elles sont ce qu’elles sont et c’est notre regard sur elles qui en fait des ennemies.

  Figure paternelle de maturité, Saturne nous amène à pendre les choses comme elles sont et, plus profondément encore, il se révèle comme un maître incontournable, car il n’a pas d’autres leçons à donner que celle que nous soumettent les circonstances. Cette inestimable sagesse saturnienne a été évoquée en d’autres termes par Eckhart Tolle : « Quoi que vous réserve le présent, acceptez-le comme si vous l’aviez choisi de manière délibérée. Allez toujours dans le même sens que lui, et non à contresens. Faites-en un allié, et non un ennemi. Cela transformera miraculeusement votre vie. »

   Quand on apprend, au prix d’un long mûrissement, à adopter cette position-là, la réalité saturnienne ne présente rien qui ait à voir avec de l’enfermement. Nous comprenons qu’elle nous invite à nous tenir debout dans notre vie et à agir, si c’est possible et nécessaire, en demeurant au plus près de ce que nous sommes. Bien loin que d’être vu sous l’angle exclusif du Père terrible qui dévore ses enfants, Saturne est alors reconnu comme l’opportunité toujours renouvelée de révéler ce que nous sommes à travers les limites de la forme.

   « Si les alchimistes connaissaient ce que contient Saturne, ils abandonneraient toute autre matière pour ne travailler que sur celle-là. » La matière dont il est question ici est évidemment le plomb et, pour Paracelse, il ne semblait pas faire de doute que le métal vil recelait le métal le plus précieux, l’or solaire. « Travailler le plomb », cela consiste à partir de ce qui est là, dans notre vie, pour découvrir que le Créateur est dans la réalité qu’il crée, là sous nos yeux.

   Le cas de Mozart constitue un témoignage saisissant de ce que la rencontre Soleil-Saturne peut receler en termes de pouvoir réalisateur. Je crois qu’on se tient au plus près des symboles en suggérant que Mozart a trouvé dans cette conjonction en Verseau l’opportunité d’accomplir dans la forme - Saturne - sa mission - le Soleil. Quand on écoute sa musique, qui semble avoir été prise directement «sous la dictée des anges», rien ne transparaît de la besogne saturnienne accomplie, depuis la prime enfance, sous la direction de son père Léopold, d’abord, sous celle d’autres maîtres, ensuite. Au fond, on ne sait rien des sentiments véritables de l’enfant qui travaillait sous l’égide, et la férule, de son père. J’ai vu un feuilleton historique qui relate la vie de Mozart et, synchronicité oblige, le rôle de Léopold est tenu par Michel Bouquet qui a, lui aussi, une conjonction Soleil-Saturne ! Il campe magnifiquement le personnage du père exigeant qui permet au petit Wolfgang-Amadeus d’étayer ses dons, en même temps que la figure sombre et autoritaire qui présente quelque chose d’assez inquiétant.

   Chacun suit son propre chemin et tout le monde n’est pas censé connaître la célébrité de Mozart. Par contre, chacun est appelé à manifester son Soleil dans le monde de Saturne. Le processus saturnien s’inscrit dans la durée et, à travers lui, le Soleil se révèle au fil des ans. Au fur et à mesure qu’il se dépouille de ses faux-semblants, en se frottant aux cailloux du chemin, le natif se montre de plus en plus sous le jour de son identité véritable. Il se réalise en avançant, pas à pas, avec la fermeté de celui qui s’est engagé dans une longue entreprise. Sa démarche a quelque chose de bien posé, ses choix et ses prises de position prennent le temps de se forger. Bien loin de se bercer d’illusions et de prétendre à quelque chose qui le dépasse, il est suffisamment honnête avec lui-même pour avoir une juste appréhension de ses possibilités et de ses limites. S’il inspire de l’autorité, ce n’est pas forcément parce qu’il est plus sage ou plus brillant qu’un autre, mais c’est certainement parce qu’il demeure tel qu’en lui-même, avec sobriété. Vous le verrez grandir à travers les difficultés et vous le verrez fleurir dans son vieillissement. Il mûrit comme les fruits qui parviennent à maturité dans l’arrière-saison. En l’observant, vous comprendrez que son formidable pouvoir de réalisation réside dans la ligne de conduite qu’il a faite sienne : il s’efforce de rester fidèle à lui-même, quoi qu’il arrive.

   La rencontre Soleil-Saturne, et a fortiori la conjonction, donne un relief tout particulier au motif du Père. Dans notre imaginaire, le Soleil psychique se confond avec l’image du soleil physique que nous voyons émerger de la nuit et s’élever au-dessus de l’horizon. Quant à Saturne, il désigne la montagne, que nous sommes censés gravir, et le sommet, où nous sommes appelés à établir notre demeure. De manière universelle, la montagne est considérée comme le domaine des dieux et l’effort entrepris pour l’atteindre marque notre volonté d’habiter leur maison et de vivre, autrement dit, en adéquation avec eux. Ainsi, la montagne est-elle perçue comme le lieu de rencontre entre le ciel et la terre et, pour nous êtres humains, elle évoque le lieu de réalisation de soi dans l’immutabilité de la pierre.

   En fait, tout lieu surélevé est apparenté à la montagne et, de manière privilégiée peut-être, l’île, ou le rocher, représente le seul secours solide face à l’élément liquide de la mer et de ses tempêtes. Dans la perspective psychologique, la montagne renvoie donc à un point de vue nouvellement acquis pour l’individualité qui émerge de l’inconscient, en même temps qu’elle traduit l’effort maturatif que nous faisons - Saturne - pour devenir de plus en plus conscient - le Soleil.

   De la manière la plus lumineuse, si l’on peut dire, l’association Soleil-Saturne évoque le Père qui nous conduit sur la montagne des dieux. Il est, autrement dit, celui qui nous soutient sur le chemin du devenir soi-même.

   Le Soleil illustre ce visage du père qu’on admire et qu’on veut être. Il est l’homme au grand cœur, cette figure rayonnante de notre psyché, et il est aussi le Père céleste, dont Jésus nous apprend qu’il est l’Amour. Dans le meilleur des cas, l’enfant voit en lui un idéal sur lequel il peut projeter son propre désir de devenir ce qu’il est lui-même. J’ai souvent observé que la blessure solaire - celle de la Lune Noire, en particulier - se traduit par une image du père qui est abîmée et, dans les cas les plus difficiles, cela peut se manifester par de la honte et du rejet à l’égard du père réel. Intériorisée, cette image induit le doute le plus profond quant à son individualité propre et quant au droit de mener sa propre vie.

  De son côté, Saturne fait référence à cet aspect du père qui nous donne le «nom» et la légitimité, partant, le pouvoir de nous réaliser dans le monde. Il est celui qui guide l’enfant dans un geste tutélaire et qui l’invite à grandir, parce qu’il l’encourage à se prendre en charge, selon le rythme de son développement. Lui qui a besoin d’étayer sa colonne vertébrale, afin de se dresser comme un grand, trouve dans son père une autorité qu’il respecte et un modèle de fermeté qui le rassure. Dans la mesure où l’accompagnement paternel prend pleinement en compte l’unicité, le Soleil de l’enfant, celui-ci est soutenu par un message implicite qui le porte à travers les embûches de l’existence : « Donne-toi les moyens de devenir ce que tu es. » En termes symboliques, cela revient à dire qu’il reçoit la bénédiction du père.

  Nul ne peut se dérober à son thème de naissance : d’une manière ou d’une autre, il se traduit dans notre vie. S’il ne s’accomplit pas dans un sens «constructif», ce qui suppose notre participation consciente, il se réalise sous un jour «destructeur». On peut en dire autant d’une configuration spécifique et cela nous amène à envisager la dimension douloureuse de la rencontre Soleil-Saturne. La façon la plus parlante, peut-être, de la mettre en lumière, c’est de se rappeler le mythe de Saturne-Cronos que nous avons relaté au chapitre Soleil-Jupiter.         

    Sous son aspect ténébreux, Saturne représente le Père terrible qui dévore ses enfants. L’enfant évoque ce qu’on a de plus précieux, ce que, pour rien au monde, on ne voudrait perdre. Il renvoie à ce qui est potentiel, en nous, et qui doit être protégé et soutenu afin de se développer. En dernier ressort, il est un symbole solaire, en tant qu’il nous rappelle l’innocence et la pureté de celui qui demeure dans sa nature originelle. On retrouve là l’essence du Lion qui se manifeste, chez certains natifs du signe, par cette naïveté et cette spontanéité qui traduisent l’expression authentique de soi. Pour Alice Bailey, le Lion est le domicile ésotérique du Soleil et on peut le désigner, sur ce plan, comme le signe du «Fils», du «Fils qui est un avec le Père».

   On dévore ses enfants, chaque fois qu’on tue «dans l’œuf» les aspirations à une vie plus vraie et plus pleine. On reste sourd à son enfant intérieur, chaque fois qu’on restreint sa propre vie à une situation qu’on tient pour acquise. Le cas échéant, cela correspond au fait que Saturne règne en tyran et que Jupiter ne peut pas générer une nouvelle vie. En termes psychologiques, cela revient à dire que le Moi est si rigide, qu’il ne peut pas s’élargir et intégrer d’autres dimensions de la psyché. En dernier lieu, ce qui ne peut pas être reconnu - ni détruit d’ailleurs - par le Père terrible, c’est l’enfant divin, le Soi, le Soleil.

    Il existe de nombreux contes de fées qui relatent ce motif. Chacun connaît l’une ou l’autre histoire du père qui conclut un marché avec le diable, afin de régler une situation qu’il ne parvient pas à résoudre de lui-même. Il ne tarde pas à découvrir que le diable l’a piégé et que c’est son enfant, qu’il lui a vendu. C’est ce qui nous arrive, quand nous sacrifions au «Royaume qui est de ce monde». Quand nous consacrons notre vie, autrement dit, à une réalisation dans l’ordre saturnien de la forme, qu’il s’agisse de confort matériel, de sécurité affective, de carrière, de reconnaissance sociale, c’est notre âme que nous y laissons.

    De manière générale, on peut définir l’aspect destructeur du père saturnien, en tant qu’il ne nous reconnaît que dans la mesure où on fait allégeance à sa loi. En fait, on doit étendre cette définition au parent saturnien, père et mère confondus, qui prétend agir «pour le bien de l’enfant», tandis qu’il exige que celui-ci se plie complètement à ses principes. Ce qui fait de Saturne-Cronos un tyran, c’est qu’il fonctionne comme le détenteur suprême de la Loi et qu’il ne peut pas envisager l’idée d’une succession, pour la simple et bonne raison qu’il ne peut pas concevoir un royaume régi par d’autres règles que les siennes. Face à lui, l’enfant se trouve déchiré entre ce qu’il est - le Soleil - et ce qu’il devrait faire pour être légitimé - Saturne. Quand une composante martienne ou uranienne se mêle à la configuration, il trouve l’audace, sinon l’orgueil, de s’opposer au parent, mais la question de la légitimité dans le monde se repose tôt ou tard.

   Avec la dissonance Soleil-Saturne, nombreux sont ceux qui parlent de la sévérité, de la dureté, voire de l’autorité écrasante de leur père. Dans d’autres cas, les choses ne se sont pas manifestées sous la forme de tyrannie, mais sous la forme de la distance, voire de l’indifférence: ce que l’enfant est, ce qui le passionne, n’intéresse pas le père, parce que cela n’entre pas dans son cadre de références. Selon le degré de la pression, ou du dédain paternel, le doute sur soi se confirme et on est confronté au sentiment de ne pas être à la hauteur, de ne pas pouvoir créer et réaliser ce que l’on souhaiterait. Parfois, on se sent coupable, même, de poursuivre des objectifs d’ordre personnel. Ce conflit entre en résonance dans n’importe quelle situation où on aurait besoin d’assumer son identité et on se sent alors oppressé par les autres, par le monde face auquel on peine à se dresser en tant que soi-même.

    En termes énergétiques, la mainmise de Saturne sur le Soleil se manifeste comme une vague de froid qui se répand sur la source de rayonnement et de chaleur. Le pouvoir vital est diminué, la confiance en soi est affectée. Soumis au regard introjecté du parent critique qui fonctionne comme un juge impitoyable, le natif est porté à se déprécier et à dénigrer ce qu’il fait. Dans les cas plus aigus, il tend à s’auto-punir et à s’enfermer dans un sentiment de solitude glacée. Plutôt que de mûrir au soleil des ans, il évolue vers l’amertume et la dépression. Il redoute la lumière et le mouvement, il devient de plus en plus réfractaire au changement.

   Garant du «nom» et de la légitimité, Saturne est bien placé pour se substituer au Soleil. Le fait que tant de gens se considèrent sous l’angle de leurs réalisations extérieures, la profession en particulier, est caractéristique du règne de Cronos. L‘identification à Saturne, plus marquée en nativité masculine, nous pousse à investir dans la légitimité aux yeux du monde, avec le bénéfice d’image et de sécurité qui en découle, plutôt que dans la vérité par rapport à soi. Le piège du Moi saturnien tient au fait que le natif parvient sans peine à jouir d’une excellente réputation. On le loue pour sa loyauté, on le félicite de son sens de l’engagement et des responsabilités. Tout concourt à ce qu’il se reconnaisse comme l’adulte le plus mature qui soit, alors même qu’il obéit au Père, déguisé sous les traits de la respectabilité sociale. Quand on lui parlait d’un homme tenu en haute estime, Jung ne s’en laissait pas conter et il suggérait malicieusement d’interroger sa femme et ses enfants: quand la périphérie est habitée avec tant de soin, il arrive que le cœur soit tristement déserté.

 

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