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4ème de couverture

DIONYSOS .–

Il faut que la Cité comprenne ce qu’elle a perdu

en se coupant de la Nature.

EURIPIDE, Les Bacchantes.

 

 

   Depuis la découverte de la planète Uranus, à la fin du XVIIIème siècle, la modernité a pris son essor en s’appuyant sur un certain nombre de valeurs – le Progrès, la Liberté, la Raison critique, notamment – que la lecture symbolique nous fait rattacher au mythe de Prométhée. En se reconnaissant dans la «forte tête» qu’est Prométhée, la modernité a eu l’audace de rompre avec les modèles du passé, mais elle s’est enfermée à son tour dans le paradigme qu’elle avait adopté.

   

 

  De quel côté chercher une issue à l’impasse collective dans laquelle nous nous trouvons, désormais ? En renvoyant à l’ordre astronomique des planètes du système solaire, ce livre développe l’idée que nous ne saurions nous arrêter sur le plan d’Uranus et de ses valeurs, mais que nous aurions besoin de restaurer celles de Neptune. Cette restauration, l’auteur l’envisage en se mettant à l’écoute du symbolisme des Poissons et de la mythologie de Poséidon, puis en plaçant côte à côte les deux volets du mythe d’Ariane. 
  En laissant derrière elle Thésée, avec son héroïsme de conquête, et en épousant Dionysos, le dieu de l’ivresse, Ariane a accompli une conversion d’une portée inouïe. Ce mythe parle tout particulièrement à notre temps, parce qu’il nous montre ce qui doit être laissé, si nous espérons épouser cette autre manière de penser et de vivre que recouvre Dionysos.

Extrait

Sentiment neptunien d'appartenance à un Tout et sentiment écologique

 

  Chacun sait que les mobiles les plus obscurs peuvent s’emparer des combats les plus nobles et la cause de l’écologie n’est certainement pas exempte de motivations inconscientes et de modes de pensée qui mériteraient d’être regardés en face. La première question qui se pose a certainement trait à la projection de la peur, tant il est vrai que chacun voit s’amonceler d’autant plus de nuages à l’horizon, qu’il est travaillé par une anxiété ou une angoisse qui n’est ni reconnue ni assumée dans le présent. Associé aux menaces bien réelles qui pèsent sur le vivant, le climat d’incertitude et de désorientation dans lequel nous baignons aujourd’hui favorise la projection de l’angoisse collective sur un désastre planétaire à venir et la pensée archaïque de l’apocalypse alimente sans conteste le discours de la catastrophe entretenu par certains défenseurs de la nature. Quand on entend dire parfois que la Terre est en train de se venger des mauvais traitements qui lui sont infligés, on comprend par ailleurs que la culpabilité judéo-chrétienne n’a rien perdu de sa force et que l’idée du châtiment divin est toujours aussi vivace, alors que nous sommes simplement ramenés à la réalité incontournable de l’interdépendance de l’ensemble des systèmes vivants. Quand on écoute le discours de certains intégristes de la cause écologique, on ne peut manquer en outre d’être frappé par la détestation du genre humain qui transparaît ici et là sous le couvert du respect dû à la nature et l’on se demande parfois s’il ne s’agit pas, avant toute chose, de refaire avec d’autres arguments le procès d’une société et d’un monde honnis. Lorsqu’une personne oublie la défense des victimes, quelles qu’elles soient, pour s’en prendre violemment à leurs oppresseurs, il ne fait guère de doutes qu’elle est en train de régler des comptes avec sa propre histoire. La vengeance peut occasionner un bref soulagement, mais elle n’est pas de nature à guérir. Elle fait passer la victime du côté du bourreau et elle l’abandonne aux affects persécuteurs dont elle souffrait déjà.

   À côté de ses adeptes fondamentalistes qui la desservent, la cause écologique ne manque pas de pourfendeurs. On comprend bien que certains milieux économiques et financiers, relayés par des politiques qui leur sont subordonnées, puissent tenter par tous les moyens de minimiser les dangers qui pèsent sur le climat et sur l’environnement et de décrédibiliser les défenseurs de l’écologie. De prime abord, il est plus difficile de suivre le discours des intellectuels qui s’appuient sur la critique du fondamentalisme pour jeter le discrédit sur la cause de l’écologie elle-même. Dans un second temps, on se rend compte que ceux-ci reprennent à peu de frais la logique des penseurs de la modernité qui ont fait le procès du phénomène religieux, au nom des abus des religions, ou de ceux qui méprisent l’astrologie, à cause du charlatanisme des diseurs de bonne aventure. Parmi eux, il en est pour considérer la nouvelle mouvance écologique comme une menace qui pèserait sur l’humanisme lui-même, au motif que certains défenseurs de la nature voudraient élever les animaux et les végétaux à la même dignité de sujet que les humains. À suivre leur argumentaire, on comprend comment ils en sont venus à opposer les valeurs de l’écologie à celles de l’humanisme. Ce qu’ils voient menacé et qu’ils s’emploient à défendre, c’est un humanisme anthropocentrique qui a complètement assimilé l’idée de l’homme “maître et possesseur de la nature”, là où Descartes se référait encore à une transcendance. À leurs yeux, la cause de la nature doit être subordonnée à une cause supérieure, celle du genre humain, et elle ne mérite attention qu’à partir du moment où les intérêts de l’homme sont mis en péril. En forçant à peine le trait, cela revient à dire qu’il convient de veiller au bon fonctionnement de la “nature-machine”, afin de continuer à l’exploiter pour notre propre profit, mais il se pourrait bien que la même logique utilitariste se cache derrière un certain combat écologique : ce serait la peur de l’avenir, et non pas le sentiment neptunien d’appartenance à un Tout, qui nous commanderait de reconsidérer le rapport que nous avons avec la nature. Dans les termes de la mythologie, cela revient encore à dire que Thésée peut continuer allègrement à s’étendre sur la terre, pour autant que son colonialisme ne devienne pas un danger pour lui-même, pour sa famille et pour sa cité, mais le mythe nous montre justement que le héros cher aux Athéniens n’a jamais pris en compte les signaux d’alarme qui s’attachaient pourtant à chacun de ses pas : hors le trépas, rien n’a pu arrêter sa fuite en avant. Thésée a provoqué la désolation et la mort de ceux qui l’aimaient, mais il ne s’est jamais remis en cause lui-même ; Athènes s’est trouvée livrée aux dissensions, mais cela n’a pas ébranlé le moins du monde la logique terroriste de sa tête pensante. Thésée est mort comme il avait vécu, toujours poussé dans son dos par un mode de penser qu’il n’a jamais été en mesure de regarder en face. Vous vous rappelez que le roi d’Athènes a été précipité du haut d’une falaise par un homme qui s’était approprié une terre !

   Cette terre indûment colonisée, de quoi fait-elle état, sinon du statut auquel nous avons réduit notre propre planète en la faisant passer de la dignité de l’hôtesse à l’opprobre de l’esclave ? Ce colonisateur, quelle place a-t-il prise, sinon celle d’un maître d’œuvre planétaire qui dispose désormais, grâce au génie de Prométhée, de moyens de conquête et de destruction dont Thésée n’aurait même pas eu idée. N’était-ce l’aube de Naxos et n’était-ce le regard lumineux de “la toute pure” qui lève le voile des apparences, il y aurait tout lieu de céder au découragement. L’histoire d’Ariane, qui a succombé aux charmes du puissant conquérant athénien, notre monde l’a déjà écrite en long et en large en suivant une trame qui ressemble étrangement à son tissu mythologique. Il nous reste à découvrir le second volet du mythe ; il nous revient d’écrire l’histoire d’Ariane qui a épousé cette autre manière de penser que représente Dionysos.

 

[...]