© 2013 by Success Consulting. All rights reserved

  • Wix Facebook page
  • Twitter Classic
  • Wix Google+ page

 « C’est dans ton cœur que brillent les étoiles de ta destinée »

dit Seni à Wallenstein, 

ce qui donnerait satisfaction à toute astrologie,

si l’on avait quelque connaissance de ce mystère du cœur. [1]

Carl Gustav JUNG

 

 

 

  

   J’ai commencé à étudier l’astrologie en 1992, auprès de Jean-Pierre Guignet, qui avait lui-même suivi la formation de Philippe Granger, psychanalyste et astrologue à Paris. En écrivant Les Parents dans le thème de naissance, publié en 1999, je m’étais inscrit dans cette filiation, mais pour m’y reconnaître moi-même, il m’avait fallu chercher un mode d’expression qui tienne autant au caractère d’évocation de la poésie qu’à la rigueur du langage psycho-logique. Publié quelques années plus tard, Le Chemin de Soi représentait un tournant, parce qu’il avait été écrit au cours d’une période où j’avais renoué de diverses manières avec Jung, que j’avais commencé de lire à l’âge de dix-huit ans. En rejoignant notamment les travaux de Liz Greene, je commençais à intégrer cette démarche de Jung qui nous a conduits à considérer les facteurs mythologiques qui sont à l’arrière-plan de la destinée humaine.

   La publication de Mère-Fille, Astropsychologie du mythe de Déméter-Perséphone, en 2007, marquait l’affirmation d’une orientation astrologique archétypale, au sens de penser le thème de naissance dans les termes du mythe. Publiés également aux Éditions de Janus, les livres qui ont suivi se sont inscrits dans le prolongement de cette démarche dont le propre est de rapporter l'astrologie à ses fondements mythologiques et de l'articuler à la psychanalyse. 

 

       Quand on parle d'un signe du Zodiaque, avec ses dispositions propres et ses qualités spécifiques, on ne se réfère pas à quelque chose qui serait d’ordre personnel. Lorsque l'on désigne une planète, avec les valeurs qui sont les siennes, on évoque une figure d’ordre mythologique, et non pas quelque chose d’ordre personnel qui se rattacherait à la seule biographie du sujet et à ses aléas. Les signes et les planètes sont des structures collectives, des archétypes, c’est-à-dire des types primordiaux qui se situent hors de l’espace et du temps.

       À partir du moment où l'on établit un thème de naissance, on change de point de vue, puisqu’il s'agit de dresser une cartographie du système solaire, tel que celui-ci apparaît sur la Terre en un lieu et à un moment donnés. Le thème de naissance fait ainsi état de la rencontre entre le Ciel et la Terre, de la relation entre l’impersonnel et le personnel ; il reflète la manière avec laquelle l’universel s’incarne dans le particulier en s’inscrivant dans l’espace et dans le temps. On peut dire encore qu'il parle de la manière spécifique avec laquelle nous sommes reliés à l’inconscient collectif ou de la manière avec laquelle le monde des archétypes nous informe et nous organise selon une trame, un tissage mythologique qui est propre au moment et au lieu de notre venue au monde.

      C’est dans la prise en compte de cette rencontre entre le plan impersonnel et le plan personnel, que la perspective de l’astrologie rejoint celle de la psychologie jungienne : l'une et l'autre ont en commun de considérer les fondements mythologiques de l’aventure humaine ou, pour l'exprimer en empruntant au vocabulaire jungien, de prendre en compte le numineux. Ce concept du numineux, que Rudolf Otto a forgé afin de signifier l’expérience affective du sacré, Jung l’a repris à son propre compte pour le transposer dans le champ d’investigations qui était le sien.[2] Dérivé du latin numen, “la volonté”, l’adjectif numineux était utilisé par les écrivains ou les poètes antiques pour qualifier “la puissance agissante” d’une divinité, ce qui revient à évoquer, en termes astrologiques, la puissance agissante d'une planète, comme force qui anime la psyché.

    Quand on considère un thème de naissance, on porte son regard, par l’intermédiaire du symbolisme astrologique, sur les figures mythologiques qui fondent le sujet. Le processus d'individuation suppose que l'on se relie en conscience à ces puissances constitutives de la psyché, car il ne s’agit pas de vivre sur le plan du mythe et de l’identification aux divinités planétaires, avec les risques d’emprise psychique dont on peut constater les ravages au plan individuel et les dérives effroyables au plan collectif. Il s’agit d’incarner le mythe dans son propre temps et dans ses propres limites, ce qui implique que l’on s’engage dans un travail de différenciation en se confrontant avec les forces de l’inconscient ou, pour le dire autrement et selon une formule que j’utilise volontiers, en s’expliquant avec les dieux. Il ne s’agit pas de vivre comme si l’on était Déméter ou Athéna, Poséidon ou Prométhée, en cédant à l'emprise des archétypes et à la séduction de l’inflation psychique, mais de s’inscrire dans son propre mythe et d’en écrire la biographie humaine, avec tout ce que cela comporte, comme prise en compte de ses propres limites, avec tout ce que cela suppose en termes d’unicité et de singularité.

     Jung commence son autobiographie en écrivant que sa vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation.[3] Loin de parler de son inconscient, comme si celui-ci recouvrait des forces personnelles dont on pourrait disposer à sa guise et comme si l'individuation se réalisait à partir du moi, il parle d’un inconscient qui s’est réalisé à travers sa propre existence. Du point de vue de l’astrologie, il aurait pu dire et sans doute y aurait-il souscrit : «Ma vie est l’histoire d’un thème de naissance qui a accompli sa réalisation.»

 

 

 

_______________________________________________________

[1] Carl Gustav JUNG, Les Racines de la Conscience, Éditions Buchet-Chastel. Jung fait ici référence à la trilogie de SCHILLER, Wallenstein. La troisième partie de cette œuvre, La mort de Wallenstein, s’ouvre sur une scène où le duc de Wallenstein et son astrologue, Baptiste Seni, observent le ciel et commentent les aspects que les planètes forment entre elles.

[2] Rudolf OTTO, Le Sacré, Petite Bibliothèque Payot.

[3] Carl Gustav JUNG, Ma vie, Souvenirs, rêves et pensées, Folio, Gallimard.