PSYCHÉ ET ÉROS
Métamorphoses de l’Âme et de l’Amour
4ème de couverture
Relaté par Apulée, auteur latin du deuxième siècle, le mythe de Psyché et d’Éros est sans conteste le récit le plus élaboré de la quête de l’Amour. Le poète le présente sous la forme d’une romance amoureuse, mais la nature des deux protagonistes, l’Âme et l’Amour, nous invite à le regarder sous l’angle plus large des enjeux psychiques qui jalonnent les relations humaines.
Au regard de l’astrologie, ce mythe constitue un long cheminement à travers la sphère de Vénus. C’est en effet la déesse de l’Amour qui met l’héroïne d’Apulée à l’épreuve en lui imposant d’abord de trier des graines, puis de récolter la toison d’or et recueillir l’eau sacrée du Styx, avant de descendre aux enfers. À suivre Psyché, qui se met à la tâche avec courage, on voit se dessiner un vaste panorama du travail psychique qu’il nous revient d’accomplir pour que l’Âme se libère de ses confusions et de ses tourments et que l’Amour puisse se déployer à l’instar d’Éros, le dieu ailé.
introduction
Le mythe de Psyché et d’Éros nous a été laissé par Apulée, écrivain et philosophe latin du deuxième siècle. Présenté sous la forme d’un conte, il constitue le Livre IV des Métamorphoses, un ouvrage plus communément désigné sous le titre L’Âne d’or. Le récit d’Apulée raconte les amours de Psyché et d’Éros et, en particulier, les épreuves que la princesse doit surmonter pour retrouver son amant divin. Il relate à première vue une histoire d’amour, mais on sait bien qu’un conte ou un mythe relève du registre symbolique et qu’il mérite à ce titre d’être envisagé sous différents angles de lecture.
En fait, la nature des deux protagonistes nous invite d’emblée à considérer les choses sous un angle plus large que la relation amoureuse proprement dite. En donnant à la belle princesse et son époux divin les noms de Psyché et d’Éros, puis en célébrant leur mariage en Olympe, le récit d’Apulée fait de l’Âme et de l’Amour un couple qui jamais ne peut être séparé. Il laisse entendre, — c’est le fil d’Ariane qui nous guidera — que les relations humaines se tissent selon des modalités dont le propre est de mettre en jeu les contenus singuliers de l’âme, puisque que c’est le sens du grec “psyché”. Les épreuves auxquelles la princesse est confrontée apparaissent ainsi comme un cheminement à travers lequel la jeune Psyché émerge peu à peu du sommeil, tandis que les composantes psychiques se différencient pour être intégrées à la conscience. À travers ce processus, l’Âme elle-même se dévoile pour révéler ses empreintes secrètes, de ses inscriptions archaïques à ses aspirations les plus sublimes.
On sait que le grec “psyché” désigne aussi le miroir. À ce titre, le mythe suggère aussi la trame qui le tisse, à savoir que l’Âme ne peut pas se passer du principe d’Éros pour s’éveiller et l’on entend par là que les relations humaines constituent un miroir privilégié pour le développement de la conscience de soi. De façon mutuelle, le divin Éros a besoin, lui aussi, du concours de Psyché. C’est en effet à travers l’élaboration psychique, les travaux de Psyché, que l’Éros se transforme lui-même. Cette métamorphose, nous allons la suivre pas à pas, tandis que la princesse s’affranchit des confusions relationnelles et des représentations de l’amour qui maintenaient, nous allons le voir, le dieu ailé dans sa prison dorée.
Éros désigne, on le sait, le désir ou l’amour. Étymon de l’épithète érotique, il représente plus largement le principe d’attraction qui pousse à la connexion. Dans la mythologie, deux divinités portent ce nom. Il y a d’abord celui que nous pouvons appeler “premier Éros”, désir primordial qui unit Ouranos et Gaïa, tandis que la semence du Ciel Étoilé féconde la Terre Mère qui va enfanter toute la création[1]. Il y a ensuite le “second Éros”, le fils de Vénus mis en scène par Apulée dans ses Métamorphoses. En fait, ils sont uns, mais nous verrons en quoi l’un et l’autre donnent à voir des visages ou des dimensions spécifiques de l’amour.
Les poètes antiques considèrent Éros comme le plus puissant parmi toutes les divinités. Dans l’iconographie, il est représenté avec son arc et ses flèches. Quand il choisit une cible et qu’il lâche ses traits, nul ne peut lui résister, dieux et mortels confondus. Tous lui sont soumis, qui pour succomber au charme de l’objet qu’il désigne, comme Zeus aux si nombreuses liaisons, qui pour fuir ses traits à l’instar de Daphné qui dédaigne l’amour d’Apollon, qui pour souffrir des passions qu’il enflamme à l’instar de Phèdre ou d’Ariane.
Il déchire les cœurs et tout ce qui respire
Subit, en gémissant, son tyrannique empire.
Les dieux, dans leur Olympe, ont tous porté ses fers
Et le Styx contre lui défend mal les enfers[2].
[1] Éric BERRUT, Uranus, Splendeur et fragilité du Ciel Étoilé, La Maison d’Ithaque.
[2] APULÉE, Les Métamorphoses, Les Belles Lettres.